Marie-Louise POLLET

Médecin du travail retraité


Le CIDF a demandé mon témoignage dans le cadre de votre colloque pour parler de mon cursus personnel et de ma vie pendant 30 ans d’exercice de la Médecine du travail dans un service interentreprises en Province.

Après une enfance préservée et une adolescence marquée par la guerre et les années de lycée, je me suis retrouvée à Lyon dans une ambiance très différente. N’ayant pas eu de frère de mon âge, j’ai découvert la mixité dans les amphithéâtres ou 10 % de filles côtoyaient 90 % de garçons dont beaucoup exagéraient l’esprit « carabin » à la mode à l’époque, avec les farces douteuses et les propos salaces que nous ne comprenions pas. 5 à 6 % des filles présentes ont abandonné. 

Nous travaillions beaucoup, conscientes que les professeurs, tous des hommes, ne nous pardonneraient rien. Lors des examens, on demandait aux garçons mal préparés de revenir après avoir plus étudié. Pour les filles c’était « il vaudrait mieux retourner chez vos parents », une fois même le doyen, en plein amphi s’adressa en ces termes à une jeune fille « si vous n’êtes pas intéressée, allez repriser vos chaussettes ».

Par contre, dans les services on donnait aux filles beaucoup de responsabilités très tôt (injections difficiles, manipulations délicates, aides opératoires fatigantes, soins aux malades en phase terminale, aux enfants). Il fallait une grande santé physique et morale pour résister aux longues journées de 10 heures et aux veilles studieuses. Les mandarins de l’époque sentaient l’émergence des femmes dans le monde médical… ce qui s’est vérifié par la suite.

Après des études sans histoire, j’ai complété mon cursus par un diplôme d’hygiène industrielle, et une licence de biologie. Un passage dans le monde universitaire comme assistance m’a montré que je préférais l’exercice médical et ses responsabilités. 

Médecin du Travail, je fus un temps payé avec les crayons… le Président du Service se méfiait des femmes, mais ce fut bref. J’ai eu en charge d’importantes entreprises avec de gros risques toxicologiques, certaines employaient beaucoup de femmes et j’ai vu leur situation évoluer. 

La contraception en 1967 a permis à des couples aux revenus modestes de planifier la venue des enfants, aux jeunes filles confiantes d’éviter des grossesses intempestives. Le divorce par consentement mutuel introduit en 1975, a dû éviter beaucoup de scènes de ménage tournant parfois au drame. 

Tous les médecins ont apprécié la fin des avortements provoqués avec la mort ou la mutilation permanente si fréquentes. En 1980, il fut interdit de refuser du travail à une femme enceinte.
Une date clef a conditionné l’évolution de l’embauche : 1973. 

Après tous s’est dégradé, le chômage s’est installé durablement succédant à une période où l’on retrouvait un emploi le lendemain du licenciement. Les femmes ont été fragilisées, si le travail était trop pénible, elles pouvaient changer d’emploi facilement ; mais après 1973, elles ont dû renoncer à cette solution et s’adapter à des conditions difficiles dans le travail, à des chefs abusant parfois de leur autorité pour leur faire des avances, en leur proposant un travail mieux payé et plus facile si…

J’aurais une multitude de réflexions dans ces domaines, il faut se limiter ; mais il m’est toujours apparu que dans le travail, l’inégalité entre femmes et hommes résidait surtout dans la physiologie particulière de la femme, dans la maternité et les soins aux enfants. 

Elles ne peuvent pas faire de plan de carrière comme les hommes, et la formation continue dans les entreprises a permis une avancée dans la reconnaissance de l’importance de la femme dans le travail.


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