Docteur d’État en Droit, Maître de conférence en histoire du droit (Université Paris V)
Rétrospective sommaire de l'évolution de la situation professionnelle des femmes du moyen âge au XXème siècle.
La situation de la France, pays majoritairement rural jusqu'à la fin du XIXème siècle, est d'abord précisée. C'est dire que la situation de la femme est avant tout et pour de longs siècles celle d'une paysanne aux conditions de vie très dures (travail pénible ; journées de travail rythmées par la lumière du jour ; conditions de vie étroitement dépendantes des fantaisies du climat ; mauvaise nutrition ; natalité incontrôlée ; espérance de vie très limitée).
Les femmes exerçant une activité professionnelle, c'est à dire une profession longtemps artisanale sont une petite minorité.
Leur situation professionnelle reste jusqu'à la fin du XIXème siècle, totalement dépendante de leur situation sociale : célibataires, elles sont dès leur majorité dans une situation objective quant à leur vie professionnelle, examinée seulement par référence aux métiers qui leur sont autorisés ou interdits, au niveau de leur salaire.…
Mariées, cette situation doit se conjuguer avec leur dépendance à l'égard d'un conjoint qui autorise ou refuse l'exercice d'une profession séparée de la sienne, perçoit les fruits de ce travail, les gère et en dispose à son gré.
Dès le Moyen-Age, cette situation professionnelle objectivement considérée est inférieure à celle des hommes : toutes les professions ne sont pas ouvertes aux femmes, leurs salaires sont plus faibles. Mais les métiers qui leur sont ouverts sont nombreux et organisés à l'image des métiers masculins ; une femme peut même les contrôler, voire les diriger.
Cette situation ira en se dégradant au cours des siècles. En effet, les guerres fréquentes et cruelles déciment la population masculine au point que les hommes vont vouloir se réserver certains métiers ainsi d'ailleurs que la direction d'activités même exclusivement féminines.
La bourgeoisie qui se développe et s'enrichit du négoce souhaite de son côté se démarquer du petit peuple aux comportements égalitaires.
Ainsi peu à peu, les femmes sont confinées dans des activités subalternes, les vieux métiers se ferment, et si de nouveaux apparaissent (la domesticité, le métier de nourrice) ils sont difficiles, mal rémunérés, parfois dégradants.
La Révolution, porteuse de tous les espoirs, ne change rien : les projets de réforme de Condorcet sont pour la plupart sans lendemain, et les quelques mesures législatives d'inspiration égalitaire sont vite abolies.
Le code Napoléon de 1804 proroge le modèle d'ancien régime en créant notamment, la puissance maritale et en organisant l'incapacité juridique de la femme mariée. Quant à la situation professionnelle des femmes, la révolution industrielle qui s'amorce en France sous la Monarchie de juillet se chargera de l'altérer encore : journées de 13 à 14 heures d'un travail rythmé désormais par la seule cadence de la machine et la volonté souveraine du patron, seul maître à bord de son entreprise, salaires très bas, interdiction de se réunir ou de s'associer, conditions déplorables de travail et de vie, bientôt dénoncées par les premières enquêtes et inspections.
Les premiers aménagements n'interviendront qu'à la fin du XIXème siècle, mais ce sont en réalité les deux guerres mondiales, et surtout la seconde qui seront à l'origine d'un vrai changement.
Les femmes, par les responsabilités qu'elles exerceront tant dans la vie politique qu'économique du pays obtiendront reconnaissance de leur mérite et de leurs capacités et contraindront par leur attitude à une reconnaissance au moins théorique de leurs droits (droit de vote, pleine capacité juridique, autorité parentale…).
Au temps à présent de faire évoluer les mentalités !